Il y a avant,il y a pendant,il y a après.Parfois,on a trois jours pour se faire à l'idée de l'absence.Ou ne pas s'y faire..Un message arrive,un ordre,et on vous l'enlève.On l'attend ailleurs,et c'est comme ça.D'autres fois,on vous encombre pendant des semaines ou des mois avec cette idée,qu'il va vous quitter.C'est comme une pollution,un peu sournoise,une épée de Damoclès au dessus de votre tête,qui rend tout un peu lourd.Parce que vous avez du temps,oui,pour apprivoiser ce vide,pour vous organiser,pour laisser le moins de place à l'imprévu ,mais cela donne un gôut un peu amer à toutes choses.Il y a ce compte à rebours dans votre tête,ce tic-tac horripilant,cette envie paradoxale de savourer chaque moment,et de tout accélérer aussi,pour en finir...parce que LUI,il est là,sans être là.Il est déjà un peu là-bas,il se déconnecte peu à peu,en remplissant ses sacs kakis,en cirant ses rangers,en triant son matériel encombrant.D'ailleurs,vous ne supportez plus de voir cette montagne de sacs,et quand vous entendez qu'il va "percevoir" encore autre chose,vous lui feriez presque avaler sa musette...Vous voulez savoir,un peu,mais pas trop...il vous livre par bribes quelques infos,mais vous préférez vous dire que de toutes façons,il y a plus de risques à traverser la rue d'en face que d'aller là-bas.

Juste avant le grand saut,il y a ces moments doux,ces souvenirs qu'on engrange,ces courtes vacances dont on profite ensemble de notre mieux,toutes ces choses qui sont meilleures tant on sait qu'elles nous manqueront.On a de la chance de pouvoir saisir au vol ces dernières joies,dont le seul souvenir suffira à insuffler des forces au cours des mois,comme une perfusion de bonheur,un goutte à goutte salvateur.Il y a cette soirée,ou on le voit accrocher au mur d'une chambre ,une carte du monde.On entend:"vous voyez,je serai là,je vais faire tout ce trajet en avion...".on l'entend parler de ce pays qu'il va découvrir,de ces gens,de ces enfants qui ont besoin d'aide,et qui méritent qu'on aille aussi loin des siens pour eux.Mais aussi de la menace,que certains seraient pour nous tous,si on laissait oeuvrer les méchants,en toute impunité..vous le savez bien,vos petits nains ont le coeur gros,mais ils seront forts et patients.Comme autant de petits soldats.Le grand saut est une souffrance,un noeud terrible à l'estomac...mais qui se dénoue très vite,car c'est aussi un soulagement,une délivrance.On vous confie la barre,et vous naviguerez 6 mois,avec vos 5 petits moussaillons sur le pont.Mais vous sentez que c'est bon de quitter enfin le rivage,d'entamer cette traversée,parce qu'enfin,vous regardez de l'autre côté.Le compte à rebours est différent,on tend désormais vers la fin!

il y a pendant...pour nous,deux mois étonnants.Le temps galope,le sablier s'écoule très vite.Un tiers déjà.Il y a cette liberté,pas désagréable,et un peu grisante,ce nouveau rythme de croisière,ces soucis qu'on parvient à évacuer,cette énergie qui vous étonne,ces petits coups de moins-bien,vite oubliés.Il y a ces efforts incroyables que peuvent faire vos enfants,et puis leurs réactions en chaine,toutes différentes,mais si légitimes.Il y a ce bloc que vous formez à 6,et que vous pensez invincible.Il y a surtout cette impression,ressentie à chaque départ,que vous n'êtes pas seule.Cette main de Marie posée sur votre épaule,qui fait route avec vous.Il y a ces amis qui vous soutiennent...ces petites choses discrètes,ces mots délicats,ces coups de main bien concrets...C'est pour eux que j'écris ce post,pour les en remercier.Car,il y aura un après...mais je n'oublierai jamais leur présence à nos côtés!

A mon "assistante personnelle",qui allège mon fardeau de mille façons,m'offre des roses et du bonheur de paladru,a ma binôme qui rigôôôle chaque jour avec moi devant un café allongé, parce que c'est bon pour la santé,a celle qui a bichonné ma fille comme si c'était la sienne pendant les vacances et les ponts interminables,à ma magali,présente le jour du grand saut pour pédaler au parc et chasser le chagrin,à mes cop's qui sont toujours là sur le banc du square jusqu'à la nuit tombée,celles d'ici,celles de levallois,avec leurs mails et coups de fil si gentils,aux inconnues qui prient pour nous et pour nos kakis,aux papas qui prêtent leur grosse voix pour l'élever qd il  le faut,leurs pieds pour jouer au foot,à ce papa qui n'hésite pas à se mettre à l'eau pour faire plaisir à mes nains,à ma marseillaise chérie,à toutes celles qui me manifestent leur amitié et leur soutien depuis le début,et grâce auxquelles nous allons bien....

JE DIS UN GRAND MERCI....et je souhaite plein de courage a ces mamans qui vivent simultanément la même chose.